La place des femmes dans le monde agricole français

ALEXANDRE Margot, DALBERA Léonore, NAU Pierre, MOUTIN-LUYAT Maureen

Pour commencer, Quid de la femme au travail ?

Du droit de vote obtenu en 1944 à l’accès aux études supérieures dans les années 70, en passant par l’autorisation de l’IVG en 1975, la fin du XXème siècle a été marqué par certains combats remportés par le mouvement féministe. Cependant, depuis les années 2000, le sexisme ressurgit et des inégalités persistent.

S’il est vrai que les femmes ont toujours joué un grand rôle au sein des exploitations agricoles, il n’y a que peu de temps que celui-ci est légitimé économiquement, socialement et juridiquement. Et pourtant, en 2015, elles sont plus d’un demi-million à travailler dans l’agriculture.

Cependant, les exploitations agricoles employant au moins une femme en France ne sont pas une majorité dans toutes les régions (cf. carte ci-contre). Le meilleur chiffre se trouve en région Grand-Est avec 58% des exploitations, tandis qu’en Corse, seulement 38% des exploitations emploient au moins une femme. En moyenne en France, la moitié des exploitations agricoles emploient au moins une femme. (Agreste, 2010)

 

 

 

Les chiffres qui témoignent le mieux ce phénomène d’inégalité sont ceux qui retranscrivent l’écart salarial entre les femmes et les hommes depuis 2008. Malgré une croissance des salaires des femmes plus importante que celle des hommes (figure 1 ci-dessous),  l’écart entre les salaires moyens des hommes et des femmes est resté constant au cours des 10 dernières années, (cf. graph ci-contre) et ceci malgré tous les plans mis en place pour l’égalité des salaires hommes/femmes au travail

 

 

 

Figure 1 – Evolution du salaire des Hommes et des femmes en France entre 2008 et 2017

Comment se caractérise le rôle de la femme dans le monde agricole français de nos jours ? Des inégalités de genre sont-elles aussi présentes dans ce secteur ?

Grâce à la récolte de données en OpenData et au logiciel Datawrapper, un petit état des lieux du travail et de la place des femmes dans le paysage agricole français a été dressé.

Une inégalité salariale qui se retrouve dans le monde agricole

 

À l’instar des autres catégories socio-professionnelles en France, les inégalités salariales entre les hommes et les femmes sont aussi retrouvées dans le  secteur de l’agriculture. En effet, malgré une rémunération supérieure dans le domaine de la sylviculture et au sein des organismes de remplacement, les femmes touchent en moyenne 14,64 € / heure contre 15,52 € pour les hommes, soit près de 6 % de moins (cf. graph ci-dessous).

La femme exploitante dans le monde agricole français: profil et caractéristiques

 

En 2017, 26% des exploitants en installation sont des femmes. Contrairement aux hommes, qui ont plutôt tendance à s’installer avant leurs 30 ans (environ 70%), les femmes exploitantes s’installent de façon plus hétérogène : 33% s’installent avant leurs 30 ans, 33% entre 30 et 40 ans et 32% entre 40 et 60 ans.

Pour expliquer ces différences, on peut supposer que les agricultrices peuvent acquérir tardivement le statut de co-exploitantes, après avoir travaillé dans l’exploitation en qualité d’aide familiale ou de conjoint-collaborateur. De plus, dans les exploitations individuelles, certaines agricultrices ne deviennent chef exploitation qu’à l’occasion du départ de leur mari. (Agrest 2016)

Si l’on s’intéresse ensuite au niveau d’études des exploitants (Cf. graphs ci-dessous), on remarque que les femmes sont plus de deux fois plus nombreuses que les hommes à n’avoir aucune formation agricole (64%). Par la suite, les hommes sont deux fois plus nombreux à se former via des cycles courts et longs, ainsi que dans les études supérieures.

On observe cependant que pour les exploitantes de  20-30 ans et 30-40 ans, la tendance semble s’inverser car elles sont respectivement 60% et 50% à avoir suivi une formation longue ou des études supérieures. Il a été de plus montré que la moitié des cheffes d’exploitation sans formation agricole exercent leur activité d’exploitante en parallèle d’une autre activité professionnelle. (Agreste, 2016)

Zoom sur le travail des femmes dans le monde agricole français

 

En 2015, les femmes représentent environ un quart des chefs d’exploitation (cf. graph ci-contre) et 30% des actifs permanents agricoles.

La Région Grand-Est est toujours la région employant le plus de femme, avec 33% des actifs agricoles, tandis que la Corse ne présente que 25% d’actifs féminins (cf. graph ci-contre). En moyenne en France, 31% des actifs agricoles sont des femmes.

En comparant ces chiffres avec les UTA effectués dans le secteur agricole, on se rend compte que les femmes travaillent également moins. La région Grand-Est tombe à 31% d’UTA féminins et la Corse à 21% (cf. graph ci-dessous).  

En moyenne en France, 27% des UTA agricoles sont effectuées par des femmes

On se rend alors compte que les femmes se voient octroyer un volume horaire 4% moins important que les hommes. Ceci représente l’équivalent de 7285 UTA. (Recensement Agricole, 2010) 

Cette différence de 4% dans le volume horaire pourrait notamment s’expliquer par la pluriactivité des femmes sur les exploitations agricoles. Cependant, les évolutions législatives comme la mise en place du statut de conjoint collaborateur, l’autorisation de créer des GAEC entre conjoints ou encore l’extension de la couverture sociale pour les conjointes d’exploitants ont permis une reconnaissance du statut des femmes cheffe d’exploitation dans le milieu agricole.

Quant aux salariées de la production agricole, elles sont 83,5% à être employées en CDD. En CDI, les femmes ont des temps de travail inférieurs aux hommes du fait notamment du temps partiel et leurs niveaux de rémunérations horaires sont également inférieurs, surtout aux postes d’encadrement (Ministère de l’agriculture et de l’alimentation).

Pour conclure …

 

Les innégalités Homme/Femme sont présentes en agriculture comme dans les autres secteurs en France. En effet, les salaires des femmes dans le monde agricole sont en moyenne inférieurs de 6% par rapport à celui des hommes. Pour expliquer ces données, nous nous sommes intéressés au profil des agricultrices et avons mis en évidence que celles-ci sont souvent moins formées dans le domaine agricole. En effet, le métier d’agricultrice ne semble pas être la vocation première des femmes qui exercent ce métier en France. L’activité agricole est souvent une activité secondaire pour ces femmes, ou une reconversion stimulée par leur entourage.  Elles sont donc également moins nombreuses par rapport aux hommes et représentent ¼ des chefs d’exploitations et environ 30% des actifs permanents. 

 

Cependant, des progrès sont en cours notamment au niveau législatif: en 2019, La LFSS (loi de financement de la sécurité sociale) a ouvert aux exploitantes agricoles, à compter du 1er janvier la possibilité de bénéficier d’indemnités journalières en cas de maternité, lorsqu’elles n’ont pas la possibilité de se faire remplacer. Cela permettra peut être l’augmentation de la proportion de femmes cheffes d’exploitation, qui stagne depuis une dizaine d’années autour de 25%. La durée minimale d’arrêt pour les congés maternité passe à 8 semaines pour les travailleuses indépendantes et les exploitantes agricoles, dont deux semaines de congé prénatal, à l’instar de celle qui s’applique aux salariées pour pouvoir bénéficier d’une indemnisation de leur congé maternité.

Ainsi, malgré des inégalités qui persistent, de nombreuses décisions encouragent l’installation des femmes dans le secteur agricole. L’espoir est donc de mise pour voir ce type d’inégalités trop régulièrement rencontrées s’édulcorer au fil des années.