qUELLE EMPREINTE écologique pour nos repas ?

Aujourd’hui, le dérèglement climatique et ses conséquences sont bien connus de tous. Pourtant, beaucoup d’éléments et d’actions quotidiennes influencent sur ce changement sans que l’on ne se rende compte des conséquences. Parmi ces actions, un moment fort de nos habitudes de vie : l’alimentation.

L’empreinte énergétique de l’alimentation en France représente 31,6 Mtep par an. Les émissions de gaz à effet de serre issues de l’alimentation des ménages s’élèvent quant à elles à 163 Mt d’eqCO2, soit 24 % de l’empreinte carbone des ménages en France (Projet CECAM, IDDRI).

C’est ce constat qui nous a poussé à vouloir décortiquer l’empreinte environnementale totale des aliments que nous ingérons à hauteur de 2,4 kg par jour. Parmi les aliments solides qui comptent pour la moitié, on retrouve les 2/3 qui sont d’origine végétale (produits céréaliers, fruits et légumes) et 1/3 d’origine animale (lait, viande principalement).

Si le niveau d’émission de GES de l’empreinte carbone  reste relativement stable voire diminue depuis 1990, il demeure incompatible avec les objectifs de l’Accord de Paris (COP 21) et un réchauffement limité à + 2 °C en 2100.

Ce graphique démontre qu’en 2018, l’agriculture demeure le second secteur rejetant le plus de GES (85,3 Mtonnes  CO2 eq) derrière les transports largement en tête (136,2 Mtonnes CO2eq). L’agriculture facteur clé de l’alimentation est en effet est une activité humaine qui modifie profondément les écosystèmes naturels. L’augmentation de l’utilisation des engrais minéraux, l’apparition des pesticides organiques, le développement de l’irrigation et la motorisation de l’agriculture ont fortement augmenté les impacts environnementaux de l’agriculture. Ils s’étendent désormais au-delà des écosystèmes agricoles, et incluent la pollution des eaux et de l’air, la contribution au réchauffement.

Cependant, l’agriculture n’est pas la seule étape pour qu’un produit arrive jusqu’à notre assiette. D’autres étapes telles que la transformation des matières premières, l’emballage du produit et son transport sont nécessaires et pourtant aussi sources de pollution. 

Mais alors, quelle empreinte écologique pour notre assiette ?

A travers cette page, vous découvrirez les conséquences de notre alimentation à travers différents indicateurs et différentes échelles de notre alimentation. Nous prendrons en compte l’ensemble de composantes du cycle de vie des produits, du champ à l’assiette.

Zoom sur l’empreinte écologique des différents groupes d’aliments

Le CO2 et le changement climatique : l’influence de notre alimentation 

Répartition mondiale des émissions de CO2 dues à l’alimentation (2017)

Cette carte présente les émissions en CO2eq pour certaines catégories alimentaires à l’échelle mondiale. Elle constitue un premier élément comparatif à modérer puisque nous avons avons fait le choix de n’afficher que certaines production et que les chiffres ne sont pas rapportés au nombre d’habitants . Toutefois, nous voyons que la France se situe loin derrière les géants que sont les USA, l’Inde, la Chine ou la Brésil en termes d’émissions de gaz à effet de serre.

Elle se classe néanmoins dans le haut du tableau par rapport à ses voisins européens pour les catégories sélectionnées. La filière bovine reste la production qui contribue le plus au changement climatique en France avec près de 30 000 Gigagrammes de CO2 eq rejeté.

Nous souhaitons mettre en avant les conséquences de nos choix alimentaires sur le changement climatique. L’essentiel des produits que nous consommons a subi des étapes de transformation. Ces transformations et la production des ressources pour la consommation animale sont majoritairement responsables des conséquences climatiques en agriculture. La consommation d’énergie liée à la transformation des produits est du même ordre de grandeur (4,9 Mtep) que la consommation d’énergie de l’étape agricole.

Nous pouvons clairement identifier que la viande, les oeufs, le poisson et les produits sucrées contribuent au changement climatique. Pour la viande, une grande partie des surfaces agricoles sur le territoire français y est destinée ; s’ajoute à cela les conséquences des émissions de méthane dues aux fermentations entériques liées aux déjections d’élevage. 

En ce qui concerne les produits sucrées, ils sont tous issus de l’industrie de transformation, comprenant principalement des produits issus des céréales (boulangerie, pâtes, autres préparations alimentaires) dont les produits de première transformation (farine et amidon) est la catégorie la plus importante en tonnage transformé.

L’eau, une ressource fortement mobilisée

L’eau est une ressource essentielle à l’agriculture et à l’élevage. Les animaux doivent pouvoir boire en plus de se nourrir. Du point de vue de notre consommation, les ressources en eau demandées ne sont pas les mêmes d’un type d’aliment à un autre. Ce graphique expose l’épuisement de la ressource en eau pour les différents groupes d’aliment de notre consommation. Les valeurs présentées sont des moyennes de chaque groupe. L’épuisement des ressources en eau le plus important est observé pour le groupe des produits sucrés. En effet, le chocolat, les confiseries, le sucre ou bien encore le miel sont les aliments les plus consommateurs d’eau à travers leur production. Les valeurs sont toutefois très hétérogènes au sein du groupe des produits sucrés (de 1,3 à 62,2 m3 d’eau pour un kilogramme de produit sucré). A l’inverse, l’épuisement de la ressource en eau sera moindre pour le groupe des boissons (de 1,16 à 5,96 m3 d’eau pour un kilogramme de boisson).

Les groupes d’aliments et leurs cycles de vie : étude de l’indicateur du score unique EF

Score Unique EF ?

Ce score unique, préconisé par la Commission Européenne, est construit à partir de l’ACV (Analyse de Cycle de Vie) de chaque produit, allant de la production à la consommation. Il s’appuie sur 16 indicateurs environnementaux pour lesquels sont appliqués des facteurs de pondération en fonction de la robustesse de l’indicateur et des enjeux associés. L’indicateur le plus connu est celui du changement climatique en kg CO2 eq mais sont également pris en compte l’épuisement de la ressource en eau ou l’usage des terres par exemple.
Ce score s’exprime en Millipoints ou MPt/kg. Plus il sera élevé plus le produit aura une empreinte écologique forte.

A travers ce graphique, nous pouvons observer les scores uniques EF des groupes d’aliments en fonction des étapes de production suivantes : agriculture, emballage, transformation, consommation, distribution et transport. 

La première observation notable est que pour tous les groupes d’aliments, c’est l’agriculture qui influence largement le score unique et qui différencie l’empreinte écologique des différents groupes d’aliments. L’étape de transformation serait la deuxième étape de production avec le plus d’influence mais les valeurs sont assez hétérogènes, entre 0,02 et 1. Cela dépend du type de produits auxquels nous nous confrontons : certains groupes d’aliments sont plus transformés que d’autres comme les aides culinaires et divers produits, les produits sucrés ou même les produits à base de viande, poisson ou oeuf. 

Les autres étapes de production ont une part plus minime dans l’empreinte environnementale avec des valeurs plus homogènes, à savoir entre 0,01 et 0,04 pour le transport et entre 0,02 et 0,03 pour l’emballage par exemple. 

La catégorie “viande, oeuf, poisson” arrive en tête avec le plus fort score unique EF (1,63), là aussi largement dû au score unique lié à la l’agriculture (1,46). En effet, comme nous avons pu le voir précédemment, la production de viande est en général très gourmande en eau. L’élevage émet également des quantités importantes de nitrates, phosphates et autres substances. On note notamment que près de 80% des émissions d’ammoniac proviennent de l’élevage. 

A contrario, les boissons, majoritairement composées d’eau, seraient donc la catégorie d’aliments polluant le moins puisque moins de ressources sont nécessaires à leur production. Leur score unique EF pour l’agriculture est même 11 fois inférieur à celui de la viande. Cependant, proportionnellement aux autres catégories, le score EF pour l’emballage n’est pas plus faible : la pollution liée au plastique des contenants des boissons est probablement un facteur important à prendre en compte. 

Une approche par différents menus

Menu 1

 

Salade de pâtes, légumes
et morceaux de crabe

Bar rôti au four et aubergines

Mangue

Menu 2

 

Galette fourrée béchamel champignons

Gratin de chou-fleur

Gâteau Kouign Amann

Menu 3

 

Salade coleslaw avec sauce

Nouilles sautées aux crevettes

Compote de pommes, allegée en sucres

 

Derrière chacun de ces menus se cachent des caractéristiques nutritionnelles et environnementales bien différentes. Nous avons calculé le Nutri-score relatif à chaque plat à partir de la Table de composition nutritionnelle des aliments ( ANSES – Ciqual, 2020) et de l’outil de calcul mis à disposition par Santé Publique France. Nous avons ensuite relevé les valeurs de score unique EF (Environmental Factor) rendant compte de l’impact environnemental des plats.

 

Votre choix est-il fait ? 

Pour vous aider, on a décortiqué pour vous ce qu’il y a dans nos assiettes, et leur impact environnemental.

L’impact environnemental des plats varie en fonction des aliments consommés, de leur mode de production, leur conditionnement, leur distribution, et leur consommation. Les moyens de conservation et de préparation culinaire sont à prendre en compte : Des aliments congelés, ou conservés dans un placard, en conserves, ou dans un réfrigérateur, ont des scores uniques EF différents. De la même manière, des aliments consommés crus et des aliments cuits, ont des scores uniques différents.  

MENU 1 ~ Ce menu est sain en terme de Nutri-score, puisque qu’il présente des scores A pour les aliments composant le plat principal (poisson et aubergine), et des scores B, pour l’entrée (salade composée) et le dessert (fruit). En revanche, si ce menu peut apparaître idéal sur le plan nutritif, il convient de s’interroger sur son impact environnemental. L’impact environnemental lié à la pêche des poissons est en effet très élevé. Pour l’aubergine, c’est également l’étape de production qui lui vaut un score unique EF élevé. Enfin, le score unique EF élevé associé à la mangue est expliqué par un transport par avion très polluant permettant d’importer les mangues en France. 

MENU 2 ~ Ce menu n’est pas très sain. En particulier le gratin de chou-fleur présentant un nutri-score C, et le kouign amann un score D. La forte composition en gras et en sucres de ces plats justifient ces résultats. Mais contrairement au premier menu, il est visible que l’impact environnemental associé à ces plats est moindre. Cela n’est pas surprenant, car ces plats, typiques de la gastronomie française, se composent de produits que l’on trouve sur le territoire métropolitain. Il y a donc peu de pollution associée aux transports et la production (champignons, betterave, blé noir, chou-fleur…) est adaptée au climat et aux sols français. 

MENU 3 ~ Ce menu est à la fois sain (Nutri-score B pour tous les plats qui le constituent) et avec un impact environnemental limité. En effet, la salade de chou et la compote de pomme allégée sont des aliments sains avec de bonnes valeurs énergétiques, peu de matières grasses, de sucres et d’AG saturés. Les nouilles aux crevettes représentent un apport de protéine et une valeur énergétique importante.  De plus, les étapes de l’agro chaîne (matière première au produit fini) n’impactent pas l’environnement puisque peu de transformation, d’emballage et de transport.

Partez à la découverte de l’empreinte environnementale de votre assiette

Afin d’être plus alerte sur les impacts environnementaux des produits alimentaires que vous consommez, nous vous proposons un libre accès aux données. 

Ainsi vous retrouverez l’impact environnemental des groupes d’aliments ou de plats suggérés déclinés au travers de différents indicateurs. 

 

Avec le développement de la société de consommation, s’alimenter a souvent été synonyme de repas à faible intérêt nutritionnel mais forte conséquence environnementale. De nombreuses tendances de consommation appellent à revenir vers une alimentation plus saine alliant produits locaux, bio et homemade. Différents outils permettent aux consommateurs de mieux comprendre les étiquettes comme le Nutri-Score ou l’application Yuka. Agrobalise est un outil complémentaire afin d’apporter des réponses aux consommateurs et industriels soucieux de s’alimenter en alliant santé et environnement.

Pour en savoir plus sur Agribalyse

« Maîtriser l’impact environnemental en même temps que les calories, c’est possible avec Agribalyse. »