Les effets du confinement sur la santé psychologique des français

Alors que nous commençons notre deuxième période de confinement, nous nous sommes intéressés aux facteurs qui influent sur l’état psychologique des français pendant cette crise sanitaire de la Covid-19. 

Les données sont issues d’études réalisées par Santé Publique France sur la base de sondages de 2000 répondants.

Où sont les anxieux au cours du confinement ? 

 

Les régions au Nord de la France ont été significativement plus anxieuses au cours du premier confinement que les régions plus au Sud. Les deux régions les plus touchées sont celles des Hauts-de-France et du Grand Est où l’épidémie a été très virulente. La Bretagne et la Nouvelle-Aquitaine sont les deux régions avec le taux d’anxiété le plus faible de France. Pour la Corse, trop peu de données ont pu être collectées ce qui l’exclut de ce sondage.

Il semblerait que le confinement ait augmenté  de manière considérable l’état de dépression chez la population. Cependant, on observe une nette rupture à la levée de ce dernier. La tendance est revenue à la normale à peine une semaine après le déconfinement. A titre de comparaison, en 2015, environ 10% de la population française était considérée comme en état de dépression, contre une moyenne de 19% pendant le confinement. En parallèle de l’état de dépression, nous avons suivi l’état d’anxiété au cours du confinement et celui-ci ne s’est que très peu écarté de la moyenne générale à 15%. C’est probablement pour cela que l’on n’observe pas une diminution significative du taux d’anxiété au déconfinement. Pour ce qui est du sommeil, les français semblaient mieux dormir au début du confinement. La raison serait qu’à la reprise de sa vie “normale”, les problèmes du quotidien réapparaissent alors que pendant le confinement ils auraient été plus limités. 

Quels sont les profils les plus psychologiquement sensibles à la période de confinement ?

Il semblerait que le confinement ait eu des effets néfastes sur la santé psychologique des français et notamment celle des femmes. En effet, les femmes seraient plus sujettes à l’anxiété, à la dépression et au sommeil perturbé par rapport aux hommes. Le sommeil perturbé touche plus de la moitié de la population sondée, et plus spécialement les femmes.

A la suite du déconfinement, tous les indicateurs connaissent une baisse. Cela peut s’expliquer par le retour du contact social, d’activités extérieures, du travail etc. Seul le sommeil reste perturbé : soit la Covid-19 n’en est pas réellement la source, soit le déconfinement n’a pas “suffit” à régler ce mal. 

D’autre part, nous remarquons que l’état général psychologique des femmes reste moins bon que celui des hommes.

Après les femmes et les hommes, nous nous sommes interrogés sur la catégorie d’âge qui vivrait le mieux son confinement. Pour cela, nous avons étudié les taux d’anxiété, de dépression, et de perturbation du sommeil pendant et après le confinement. On a alors pu observer deux tendances. La première étant que les plus jeunes ont globalement plus mal vécu cette crise du coronavirus que leurs aînés, avec un état d’anxiété, de dépression et de sommeil qui est proportionnellement inverse à l’âge. De plus, on a pu constater que ces taux avaient tendance à diminuer dans la période post-confinement, à l’exception du taux d’anxiété et des perturbations du sommeil chez les 25-34 ans et 35-49 ans (actifs et jeunes actifs). Ces taux ont parfois même augmenté par rapport à la période confinement. L’explication la plus probable serait sûrement liée aux répercussions économiques du confinement et aux conditions de travail qui sont devenues plus précaires.

On remarque facilement que l’ensemble des français a été affecté par ce confinement peu importe leur situation professionnelle. Cependant, le travail a permis à certains d’avoir un échappatoire. En effet, le taux de dépressifs a été d’autant plus important pour les inactifs, ou les personnes en arrêt de travail. Les actifs au chômage partiel ou en télétravail ont été moins affectés psychologiquement, et donc moins sujets à la dépression. On remarque toutefois que les actifs extérieurs au domicile, ont été également plus atteints (+5%). Effectivement, durant le confinement, seules les entreprises définies comme vitales étaient ouvertes et les travailleurs ont donc été fortement sollicités. Cette hausse d’activité dans des conditions sanitaires hostiles a donc influencé leur état psychologique ! De la même façon, les personnes en situation financière compliquée on été plus touchées par le confinement. Le manque d’activité pour certaines entreprises donnant ainsi lieu à des baisses de rémunération n’a pas aidé les français à mieux vivre cette situation…

Comment passer un “meilleur confinement” ?

Ici, seule la dépression des sujets a été prise en compte. L’objectif est d’évaluer l’impact de la présence d’un soutien moral sur ce facteur. 

Le soutien moral apparaît comme un réel moyen de contrer la dépression, et ce d’autant plus pendant le confinement : en effet, le nombre de personnes dépressives est moindre lorsqu’il y a soutien moral. Cela peut s’expliquer simplement par le fait de pouvoir communiquer voire d’échanger sur son mal-être.

En revanche, la différence s’amenuise quelque peu pour la période post-confinement. La possibilité de retrouver une vie “normale” tendrait à réduire le besoin de soutien moral.

Le confinement a été plus difficile pour les personnes qui n’avaient pas accès à un extérieur. Le taux de dépressifs était, en effet, beaucoup plus élevé au début du confinement pour les personnes n’ayant pas d’extérieur. Cet écart a tendance à diminuer tout au long du confinement. Peu importe le type d’habitation, le climat anxiogène et le fait d’être confiné finit par peser sur l’ensemble de la population. Contrairement aux idées reçues sur le lieu de confinement, vivre à la campagne n’est pas toujours mieux qu’en ville ! Comme on peut le constater, le taux de dépressifs a été plus élevé chez les urbains en début et fin de confinement. Cependant à la mi-avril, il semble que les ruraux aient aussi été affectés psychologiquement par ce confinement et même de façon plus importante que les personnes vivant en ville ! Notons qu’à la fin du confinement les agents immobiliers annonçaient 3 français sur 4 souhaitant se mettre au vert et une hausse du nombre de personnes souhaitant investir dans une résidence à la campagne : l’exode urbain n’est pas forcément la meilleure solution pour résister au confinement !

La face sombre du confinement

Nous nous intéressons ici à une période temporelle englobant le confinement permettant ainsi de voir l’évolution post-confinement. La tendance générale, quelle que soit la situation personnelle, montre une forte augmentation de la consommation de psychotropes avant le 14 avril suivie d’une pérennisation de ces pratiques  par la suite. D’une manière générale, les urbains ont été plus enclins à la consommation de psychotropes que les ruraux ou semi-ruraux avec des résultats relativement similaires. En revanche, les personnes vivant seules ont été beaucoup plus affectées par cet item que les personnes ne vivant pas seules, montrant des résultats plus hauts que toutes les autres catégories sociales et la plus forte variabilité.

Les tendances observées sont similaires aux autres situations personnelles, avec une très forte augmentation pour les situations jugées stables, tandis que les situations les plus précaires ont eu une augmentation plus tardive et moins stable. D’une manière générale, plus la situation était précaire plus la consommation de psychotropes était répandue avec des résultats significativement différents de l’ordre du simple au double. L’augmentation générale semble plus faible pour les situations très stables que pour les autres, plus précaires. On remarque aussi une plus forte variabilité des résultats dans les foyers plus précaires, mais globalement la consommation s’est confirmée post-confinement.

Dans les couples violents, l’anxiété a été significativement plus représentée durant le confinement que dans les couples non violents, rendant l’anxiété dans les couples violents deux fois plus représentée que dans les couples non violents. En revanche, on remarque le même schéma quel que soit le statut du couple, avec une baisse de l’anxiété perçue au cours du confinement.

Mais qu’en est-il de l’impact direct de la maladie sur la santé mentale des français ? 

Au cours du confinement, nous avons pu constater qu’avoir un proche malade pendant cette période déjà très stressante pour les individus, n’entraine pas de troubles du sommeil significatifs. En revanche, dans la période post-confinement on observe des prédispositions plus importantes à des troubles du sommeil liés au fait d’avoir un proche malade. 

L’éventualité de développer une forme grave du Covid conduit à des troubles psychologiques plus importants : que ce soit au niveau des troubles du sommeil ou de l’anxiété. Même si on observe une faible différence entre les deux catégories au niveau de l’anxiété, elle apparait comme restant un facteur non négligeable quant à la santé psychologique des français. 

Les troubles psychologiques sont d’autant plus importants que les symptômes liés à la maladie sont graves. Cependant, les troubles du sommeil sont tout de même ceux qui concernent la plus grande part de la population même sans symptôme. Au cours du confinement, les troubles ne cessent de gagner en importance mais tendent à diminuer après le déconfinement, à l’exception des troubles sommeil qui croîent toujours. 

 

Que doit-on retenir des troubles psychologiques liés à la crise du Covid-19 ?

Ainsi, les risques psychologiques liés au Covid-19 ont affecté tout le monde. Les femmes et les jeunes sont néanmoins les plus vulnérables. Pour limiter l’impact psychologique, il conviendrait donc d’avoir accès à un extérieur et de bénéficier d’un soutien moral. D’autre part, les répercussions sont telles que la consommation de psychotropes et les violences faites aux femmes ont augmenté durant cette période.

Réalisé par ACHEKIAN Amandine, DENIS Claire, IMBERTESCHE Jonas, SAUVAGEON Thomas.